L’homme de bien ne peut vivre sans l’action politique

Cicéron, De finibus bonorum et malorum, II, 19 et 20

[ut sic] : [de la même manière que]
Ut leges anteponunt : De la même manière que les lois place (avant)
omnium salutem : le salut de tous
singulorum saluti : (avant) le salut des individus
sic vir bonus et sapiens et legibus parens : , l’homme de bien, sage, obéissant aux lois
et civilis officii non ignarus : et qui n’ignore pas son devoir de citoyen
consulit utilitati omnium : veille à l’interêt général
plus quam unius alicujus : plus qu’à l’interêt de quelqu’un
aut suae : ou qu’au sien propre
nec magis est vituperandus  : il ne faut pas blamé d’avantage
prditor patriae : celui qui a trahi sa patrie
quam desertor : que le déserteur
communis utilitatis aut salutis : [qui a fuit] l’intérêt ou le salut commun
propter suam utilitatem aut salutem : pour son propre interêt ou son salut.
Ex quo fit : c’est pourquoi il arrive que
ut laudandus is sit : qu’on doive faire l’éloge
qui mortem appetat : de celui qui va au devant de la mort
pro republica : pour la république
quod deceat : parce qu’il convient que
nobis patriam : notre patrie
esse ipsos cariorem : nous soit plus chère
quam nosmet : qua nous-même
Quoniamque ducitur : et parce qu’on considère
inhumana et scelerata : comme inhumaine et criminelle
illa vox eorum : cette parole de ceux
qui negant se recusare quominus : qui disent ne pas refuser que
terrarum omnium deflagratio consequatur : la déflagration de toutes les terres s’en suivent
ipsis mortuis : eux étant morts
certe verum est etiam : il est donc certain
esse consulendum iis : qu’il faut s’interesser à ceux
qui aliquando futuri sint : qui existeront un jour
propter ispos : [et travailler] pour eux
Ex hac animorum affectione : De cette perception de l’esprit
natae sunt : sont nés
testalenta commendationesque morientum : les testaments et les recommandations des mourants
Quodque : et parce que
nemo vitam agere velit : personne ne veut passer sa vie
in summa solitudine : dans la plus grande solitude
, ne quidem cum : pas même avec
infinita voluptatum abundatia : des plaisirs en grands nombre et en abondance (répétition…)
, facile intelligitur : il est facile de comprendre
nos esse natos : [que] nous sommes nés
ad conjunxtionem : pour l’union
congregationemque hominum : , pour un rassemblement humain
et ad naturalem communitatem : et pour une mise en commun voulue par la nature

Intro

Cicéron est un homme très doué touché par l’affaire Catilina dans laquelle il tient tête à César. C’est un avocat extraordinaire, capable de faire de superbes discours.

Cicéron écrit ce texte en 45 avant J.-C., c.-à-d. un an avant les Ides de Mars : l’assassinat de César. Il veut montrer qu’il faut œuvrer pour un but collectif et non pas personnel, d’où les adjectifs verbaux qui émaillent le texte (« consulandum », « deceat »). On est dans un texte de morale, qui parait d’abord comme l’expression de lieu commun.

I. L’expression d’un lieu commun

a. Un aristocrate ne peut penser autrement car le sénat ne marque pas un degré de richesse mais il est un ordre destiné à une fonction politique : gouverner Rome. Il y a des gens biens plus riches que les sénateurs !

b. Un romain, habitué de la guerre, à laquelle fait allusion « proditor » sait bien que la survie de tous dépend de la soumission de chacun à l’action collective.

c. Tout romain aime faire son testament : laisser une trace. Dans la même optique ; les inscriptions sur les tombes, avec l’affichage de son exemple, de sa vie comme modèle. (tombes des empereurs énormes)

d. « deflagratio omnium terrarium » fait allusion à un proverbe si connu que Suétone le cite en Grec et le met dans la bouche de Néron qui va mettre le feu à Rome. Les latins étaient bien conscients de l’originalité de leur culture, appuyée sur la collectivité, par rapport aux Grecs, vus comme individualistes. D’ailleurs, ici, l’auteur passe sans cesse de l’expression d’une réalité à une morale : le but à atteindre. On dirait qu’il enfonce des portes ouvertes. Et il est clair que ce texte a une autre intention qui est politique. →

II. Un texte porteur d’une intention politique

a. Cicéron utilise la langue de bois : les propos étant destinés au public, il paraîtrait comme ingrat à l’égard de César qui lui a pardonné son opposition (Catilina). Il est fait allusion à César : C’est lui qui songe à ses « intérêts particuliers » et « au sien propre » (il a fait nommer 400 sénateurs de plus qui vont l’élire !) et qui a abandonné l’intérêt et le salut de tous. En revanche, celui qui est allé « au devant de la mort » pour la collectivité : c’est Caton et un véritable culte commence. (il s’est suicidé lorsqu’il a vu la bataille de Pharsale perdue).

b. Cicéron devine que la situation laissée par César sera aussi troublée. Il imagine déjà les guerres civiles de l’après césar : entre Antoine et les Assassins : « consulendum iis qui aliquendo futuri sint ». En même temps, cette pensée trouve un appui non négligeable dans la philosophie stoïcienne→.

III. Un texte philosophique

« Naturalem communitatem » qu’il faut traduire par union ou unité pour la nature fait allusion à cette doctrine qui considère toutes les choses humaines de haut, et d’abord la survie de l’espèce. Seules l’entraide, la fraternité, la clémence, la compassion peuvent la favoriser. Ces 3 orientations, l’empire va les conjuguer, avec une reprise de la tradition, un pouvoir fort et un appui sur la philosophie stoïcienne. Le désir d’œuvrer pour la collectivité sera le critère opposant le bon empereur et le tyran. La ligne de des plus incertaines, parce que subjective ! On a probablement ainsi faussé l’histoire de l’empire Romain.