Accesserunt tantis [ex principe malis] probrisque
: S’ajoutèrent à tant de [malheurs venant du prince] et à tant d’ignominies
quaedam et [fortuita] :
: certains événements même [dus au hasard] :
pestilentia unius autumni
: la peste d’un seul automne
quo triginta funerum milia [in rationem Libitinae] venerunt ;
: où trente mille funérailles vinrent [aux comptes de Libitina (registre des décès)] ;
clades Britannica
: un désastre en Bretagne
qua duo praecipua oppida
: où les deux principales villes
magna [civium sociorumque]1 caede [direpta sunt]2 ;
: [furent détruites]2 avec un grand massacre [de citoyens et d’alliés]1 ;
ignominia ad Orientem
: la honte du côté de l’orient
legionibus in Armenia sub iugum missis
: des légions passant sous le joug en Arménie
[aegreque] Syria retenta.
: et la Syrie étant retenue [avec peine] (dans le monde romain).
[Mirum et vel praecipue notabile] inter haec fuerit
: Il pourrait être [étonnant et même particulièrement remarquable] que parmi ces (événements)
nihil eum patientius
: Il ne [supporta]* rien avec plus de patience
quam maledicta et convicia hominum [tulisse]*
: que les médisances et les insultes des gens
neque in ullos leniorem quam qui
: Il ne [se montra]’ plus doux à l’égard (de personne) qu’à l’égard de ceux
se lacessisent dictis aut carminibus [exstitisse]’.
: qui l’avaient critiqué par leurs paroles ou par leur chant.
Multa Graece Latineque proscripta sunt aut vulgata
: De nombreux vers grecs ou latins furent affichés ou divulgué dans le public
sicut illa
: Comme ceux-ci :
Νέρων Ὀρέστης Ἀλκμέων μητροκτόνος. [Nerøn Orestæs Alkmeøn mætroktonos.]
: Néron, Oreste, Alcméon, meurtriers de leurs mères.
Νεόψηφον· Νέρων ἰδίαν μητέρα ἀπέκτεινε. [Neopsæphon, Nerøn idian mætera apekteine.]
: Nouveau calcul, Néron tua sa propre mère.
Quis negat Aeneae magna de stirpe Neronem ?
: Qui dit que Néron n’est pas de la grande souche d’Énée ?
Sustulit hic matrem, sustulit ille patrem
: Celui-ci a enlevé sa mère, l’autre a enlevé son père.
Dum tendit citharam noster,
: tandis que notre (empereur) tend les cordes de sa cithare
dum cornua Parthus
: tandis que le Parthe tend son arc
Noster erit Paean
: Notre (empereur) sera Apollon musicien
ille Hecatebeletes
: l’autre Apollon qui lance des flèches.
Roma domus fiet
: Rome deviendra sa maison
Veios migrate, Quirites,
: fuyez à Veii, citoyens romains
Si non et Veios occupat [ista] domus
: Si cette [méchante] demeure n’occupe pas aussi Veii
Sed neque auctores requisiit
: Mais il ne rechercha pas les auteurs
et quosdam [per indicem delatos] ad senatum adfici
: Et certains qui [à la suite d’une dénonciation] avaient été déférés au sénat
graviore poena prohibuit.
: il interdit qu’ils soient punis d’une trop lourde peine.
Transeuntem eum Isidorus Cynicus [in publico clara voce] corripuerat,
: Isidore le cynique l’avait blâmé sur son passage [à haute voix, en public],
quod Naupli mala bene cantitaret,
: ce qu’il chantait bien les malheurs de Nauplius
sua bona male disponeret-
: et disposait mal de des propres biens
et Datus Atellanarum histrio
: et Datus, acteur d’Attelane,
in cantico quodam
: dans un chant :
ὑγίαινε πάτερ, ὑγίαινε μῆτερ [hygiaine pater, hygiaine mæter]
: bonne santé mon père, bonne santé ma mère
ita demonstraverat
: avait fait des gestes
ut bibentem natantemque faceret
: de façon à faire un buveur et un nageur
exitum [scilicet] Claudi Agrippinaeque significans
: signifiant [bien sûr] la fin de Claude et d’Agrippine
et in novissima clausula
: et dans la dernière formule
Orcus vobis ducit pedes
: Orcus (dieu des enfers) vous conduit les pieds
senatum gestu notarat.
: il avait notifié du geste le Sénat.
[Histrionem et philosophum]* Nero nihil amplius
: Néron ne (fit) rien de plus
quam urbe Italiaque summovit
: qu’exiler de Rome et d’Italie [l’acteur et le philosophe]*
vel contemptu omnis infimiae
: soit parce qu’il méprisait toute infamie
vel ne [fatendo dolorem] irritaret ingenia
: soit pour ne pas irriter les esprits [en avouant son ressentiment]
Talem principem paulo minus quattuordecim annos [perpessus]
: [Ayant supporté] un tel prince pendant un peu moins de quatorze ans
terrarum orbis [tandem] destituit.
: la terre entière [enfin] le destitua.
Néron a particulièrement mauvaise presse parmi les empereurs romains ; c’est qu’il n’a aucun témoignage en sa faveur. Tacite et Suétone sont contre lui ; il a le tort d’avoir poussé au suicide le plus moraliste des auteurs romains : Sénèque ; il a contre lui les chrétiens parce qu’il les a désignés comme coupables de l’incendie de Rome. Il a donc contre lui toute l’histoire réécrite par le christianisme, qui fera de lui l’antéchrist ou le Bête de l’Apocalypse. Ce texte révèle bien comment cette mauvaise image est à prendre avec précaution.
On ne sait pas très bien finalement qui était Néron. Les empereurs arrivant au pouvoir avaient intérêt à dénigrer leur prédécesseur, surtout lorsqu’il s’agissait d’établir une nouvelle dynastie. Ainsi, Vespasien fait détruire selon un processus coutumier dans l’Antiquité la domus aurea avec la statue gigantesque de Néron. L’histoire est l’objet de tractations en fonction du présent, ce que révèle l’usage de la damniatio memoriae.
On sait en outre que les historiens de l’Empire se sont exprimés à partir de 100-120 à une époque où une idéologie impériale se fait jour dont le modèle est le prince philosophe, qui se traduira par l’avènement de Marc-Aurèle.