Les Misérables

Livre 1 : p. 36-37, de Quant à l’évêque jusqu’à de quel droit les hommes touchent-ils à cette chose inconnue ?

Introduction

Le chapitre I est tout entier consacré à la présentation d’un personnage, Mgr Myriel qui va disparaître très vite du roman mais dont la fonction est capitale. L’auteur présente cet homme d’Église nommé évêque par Napoléon Ier comme une sorte de saint qui applique la loi de l’Évangile à la lettre. On le voit échanger son palais épiscopal contre un hôpital et ne garder de ses revenus que le stricte nécessaire. Il est entouré de sa s½ur er de sa servante. Deux rencontres vont transformer cet homme : celle du condamné à mort et celle du vieux conventionnel. À travers ces deux expériences, c’est l’auteur (Victor Hugo) qui propose au lecteur une réflexion sur la peine de mort et une sur les idéaux révolutionnaires. Quelle est la valeur argumentative de ce passage ? Ce texte présente deux aspects nettement différenciés :

Ces deux parties sont encadrées par deux courts paragraphes d’introduction et de conclusion.

Réflexion sur l’échafaud

La première partie, qui va de la ligne 3 à la fin du paragraphe se devise elle-même en deux parties :

La première partie du raisonnement d’Hugo est simple : voir la guillotine en action oblige à prendre parti. Il s’agit d’une expérience visuelle. On a d’abord avoir vu, puis tant qu’on a pas vu, qui l’aperçoit […], vision termine cette première partie qui oblige à faire réfléchir. Le choc est profond : hallucine, frissonne. Cette expérience est d’abord un choc physique. Une longue phrase résume le raisonnement de l’auteur sur ce thème. Le sujet du verbe est le pronom indéfini on puis les uns les autres, qui. On remarque que Victor Hugo n’interpelle pas directement le lecteur. La phrase commence par trois alternatives qui représentent la réflexion possible de tout un chacun. Une subordonnée temporelle marque l’étape nécessaire. Une autre subordonnée hypothétique conduit le lecteur à la conclusion du raisonnement. Il faut se décider ! Le lecteur est obligé de prendre parti et donc de sortir et donc de sortir de son confort de pensée. L’auteur cite deux personnages historiques : Beccaria est un exemple d’un intellectuel du siècle des lumières qui va proposer une réflexion sur le thème de la peine de mort. Cette idée se prolonge par la répétition de l’adjectif neutre et de la négation. Deux courtes phrases proposent une vérité générale : La guillotine est l’expression même de la loi. Elle se nomme Vindicte. Victor Hugo insinue qu’elle ne fait pas ½uvre de justice mais qu’elle permet à la société de se venger.

L’allégorie (l. 14-26). L’échafaud devient le thème de tout le passage. C’est le sujet de toutes les phrases. On assiste à une progression rhétorique qui va personnifier cet instrument au point d’en faire un être monstrueux réclamant sa part de sang. L’auteur commence par une phrase paradoxale : l’échafaud n’est pas […]. Victor Hugo va développer la personnification tout en utilisant des verbes modélisateurs (qui introduisent le doute) : Il semble que, je ne sais pas, on dirait que, L’échafaud apparait, etc. Il donne à cet élément inerte tout les attributs des êtres vivants. Cette machine est douée de compréhension et de volonté. Victor Hugo va plus loin : il est question d’un monstre qui se nourrit de sang. Ce monstre est anonyme. On peut penser au sphinx de la légende grecque. L’auteur conclue son passage par une double antithèse : une vie qui se nourrit de la mort qu’elle à donnée.

Retour à la narration

Victor Hugo abandonne cette digression et revient à son personnage. Ce personnage a éprouvé une émotion durable. On voit une opposition entre l’évêque avant (l. 29 : sérénité, satisfaction […] rayonnante) et l’évêque après (paru accablé). On a comme une diminution de ses capacités, (bégayait, parlait à demi-voix). L’évêque se fait un reproche en tant qu’homme de Dieu : il ne faut pas s’occuper uniquement du message divin, il faut aussi réfléchir sur la société dans laquelle on vit. C’est Victor Hugo qui parle dans ces deux dernières phrases. L’une affirmative : c’est un aphorisme (une vérité générale morale), et une seconde phrase interrogative d’une grande simplicité : c’est une périphrase à valeur poétique.

Conclusion

Deux aspects du style de Victor Hugo sont présents : une digression à valeur argumentative. Un personnage qui souffre, qui évolue et qui se pose des questions. Mgr Myriel a évolué. Sa foi en Dieu s’inscrit désormais dans la réalité des lois humaines. Ce personnage est le double de Victor Hugo qui lui aussi évoluera toute sa vie, de monarchiste à républicain : il se fit à partir de 1851 le porte parole des valeurs républicaines.