Les Lettres Persannes

Lettre 24 : Montesquieu, 1721

Introduction

En deuxième partie de cette lettre, Montesquieu aborde ce qui est pour lui le sujet même de la lettre à savoir, la critique de la religion, la critique du Pape et de l’autorité totale de l’Église. Autres thèmes : la soumission du roi de France à l’Église et l’incapacité de Louis XIV à faire régner la paix religieuse dans son pays.

La Remise en question du Dogme

De même que Louis XIV avait été présenté comme manipulateur, le pape à son tour est présenté comme un Magicien (l. 34). Montesquieu ironise aussi sur l’eucharistie et le Mystère de la Sainte Trinité. Il ironise sur le dogme chrétien comme le feront tous les philosophes sans tenir compte de la valeur spirituelle (ou symbolique) du dogme.

La critique du pape

Montesquieu fait allusion à l’intrusion de l’autorité du pape (Clément XI) dans la politique française. Montesquieu reproche à Louis XIV de s’incliner devant l’autorité du pape :

l. 42-43 : Il [le pape] réussit à l’égard du Prince [Louis XIV] […]

Le pape cherchant à détruire les thèses janséniste utilisera le roi de France dans ce but : on sait que Louis XIV expulsa des religieuses de leur couvent de Port-Royal en 1709. L’expression Ce sont les femmes désigne d’une part les religieuses de Port-Royal et d’autre part certaines femmes cultivées outrées de se voir interdire la lecture de la Bible.

Retour à l’orientalisme

De manière faussement naïve, Montesquieu va expliquer cette lutte entre Rome et le roi de France d’un point de vue musulman. La Bible est désignée par le mot Alcoran et le pape est appellé Moufti. On invoque Hali (le gendre de Mahomet). Montesquieu feint de donner raison au pape mais à partir de ses préjugés de musulman. On s’aperçoit que Montesquieu renvoit dos-à-dos toutes les religions, il a ridiculisé le dogme chrétien et fait de même avec les croyances de la culture musulmane.

Les Maladresses du roi de France

Une phrase de transition pour préparer la satire. Les expressions qui laissent penser que l’idée ne vient pas de l’auteur :

l. 55 : J’ai ouï dire […]
l. 57 : On dit que […]

La lettre propose à présent une vision de Louis XIV uniquement préoccupé de politique étrangère (l. 57). Les jansénistes sont présentés commes des ennemis insaisissables, on serait presque dans un roman policier dans lequel on rechercherait des coupables : on sait qu’ils existent mais on ne les trouve pas. Cette présentation fantaisiste donne du piquant au thème et propose un nouveau portrait du roi dépassé (sénile ?). Les jansénistes sont présentés comme un danger pour l’État et la France, cela fait penser à la chasse au sorcière (espions russes) menée aux États-Unis durant la guerre froide (exemple : les Rosenberg). On dirait que l’État est atteint de paranoïa. Montesquieu évoque une raison finale audacieuse :

l. 64-65 : […] de n’avoir été assez modéré envers les ennemis qu’il a vaincu […]

Il fait allusion aux persécutions des Protestants à la suite de la révocation de l’Édit de Nantes. Ce dernier rappel d’une faute politique du Roi clot un texte déjà très sévère envers Louis XIV.

Conclusion

La lettre se termine par un rappel de la fiction mais la derniere phrase n’est plus de Rica, elle a le ton plein de grandeur et de sagesse (et de modestie ?) de Montesquieu lui-même qui rappelle l’universalité de la condition humaine et en meme temps la relativité des croyanceset des cultures. C’est un appel à la tolérance et à la lutte contre le fanatisme.