La Mort et le Bûcheron

Fables, La Fontaine, 1668

Introduction

Cette fable très brève qui met en scène avec réalisme un homme du peuple et le personnage de la Mort utilise deux registres : le réalisme et le merveilleux. Cette histoire suit un schéma narratif simple (situation initiale, élément perturbateur, dénouement). Cependant, comme dans toute fable, l’histoire est suivie d’une morale explicite.

C’est un petit poème qui utilise l’alexandrin, l’octosyllabe et l’heptasyllabe (vers de 7 pieds inusité à l’époque).

Le portrait d’un pauvre

Un premier quatrain est consacré à la description du vieil homme dans son activité quotidienne. Un seul adjectif caractérise sa situation : pauvre. Deux verbes d’action à l’imparfait contredits l’un par le complément circonstanciel et l’autre par des participes passés ou présents à valeur d’adjectif. Le vers 2 indique que l’homme souffre du poids de sa charge mais aussi de la vieillesse. Dans les deux cas, il n’y a pas d’alternative. Son seul but est d’atteindre sa maison. La Fontaine choisit des assonances sourde en -é- et en -an- que l’on retrouve à l’intérieur des vers et garde le rythme de l’alexandrin classique. Cependant, il utilise aussi des coupes secondaires notamment pour imiter la démarche du personnage (v. 4). On remarque aussi une allitération significative au vers 3. Le vers 5 commence par un adverbe qui marque un changement : le paysan renonce, le rythme en témoigne. Après un verbe d’action, il utilise un verbe de réflexion à connotation forte. Trois noms commun appartiennent au même champ lexical (celui de la souffrance). Le paysans s’accorde un temps de réflexion qui aboutira à cette décision : il n’y a plus d’espoir pour lui.

Une réflexion sans espérance

Des vers 7 à 12, c’est un monologue qui commence par deux interrogations dans lesquelles le personnage se parle à lui-même à la troisième personne. L’interrogation commence par le mot plaisir qui s’oppose à celui de malheur. Le personnage réflechit sur toute son existence, le vers suivant le montre établissant une comparaison implicite, le paysan utilise une périphrase. La Fontaine utilise des rimes féminines qui prolongent la sonorité et s’accordent avec le caractère méditatif du passage. La suite de la réflexion propose une énumération systématique de toutes les souffrances endurées : la faim, la fatigue, la douleur. Pas de joie familiale. Les paysans devaient accueillir chez eux (loger et nourrir) les soldats du roi. La corvée est un impôt en nature. Le paysan doit emprunter pour payer ses impôts. Le vers suivant est la conclusion de sa réflexion : il se voit malheureux. La Fontaine réussit en quelques vers à résumer la situation sociale ordinaire du paysan à cette époque.

La Rencontre

La Fontaine fait apparaître la Mort sous forme de personnage qui, comme dans un conte, répond immédiatement aux v½ux prononcés. La Mort se montre bienveillante, la Fontaine ne lui accorde que le discours indirect. Dans cette scène très imagée, on voit le bûcheron refuser la mort et inventer un prétexte fallacieux pour s’éloigner : il lui demande un simple service en précisant que ce ne sera pas long. Le récit s’achève sur ces paroles. Le lecteur comprend que n’importe quel malheur est préferable à la mort.

La Morale

La Fontaine ajoute une morale explicite, il abandonne son histoire et s’adresse lui-même. C’est une morale à portée universelle : elle s’adresse à tous. Cette morale est sèche, sans espérance. Elle ne peut aider le lecteur à supporter les maux de la vie. C’est un constat désabusé voire ironique. La morale s’exprime en vers impairs avec des verbes à l’infinitif.

Conclusion

La Fontaine témoigne d’une compassion pour le sort des pauvres, inhabituelle chez son lecteur qui fait partie de l’entourage du roi de France. Il fait rentrer dans sa fable la réalité sociale de l’époque ce qui est nouveau par rapport aux anciens fabulistes. L’histoire racontée propose non pas une leçon de sagesse mais un regard qui suggère une remise en question politique.