Les Confessions

Les Confessions, Rousseau, 1765

Introduction

Cet épisode se situe lorsque le jeune Rousseau (âgé de 10 ans) est en pension chez un pasteur près de Genève. Au départ, il s’agit d’un petit fait mais l’auteur le raconte avec une dramatisation extrême et en fait le point de départ de la perte de son innocence et de la confiance qu’il avait dans les adultes. Ce texte est très caractéristique de l’écriture autobiographique puisque l’on y trouve un récit avec les temps du récit (imparfait et passé simple) suivit d’une analyse au temps de l’écriture (présent d’écriture).

Le récit (l. 1-28)

La première partie constitue un récit avec des épisodes qui se suivent logiquement : les faits (l. 1-5), l’interrogatoire (l. 5-12), l’arrivée de l’oncle et le châtiment (l. 12-16), l’héroïsme de l’enfant et le dénouement triomphal (l. 16-21). Les faits tiennent en trois lignes car ils sont très simples. On remarque le je qui ouvre l’histoire, l’adjectif seul et disposition des pièces claire et simple. On remarque une tournure impersonnelle (l. 3). L’intervention des adultes (l. 5) se traduit par une suite de verbes au présent qui forme une gradation. Le présent de narration actualise la scène. La condamnation arrive très vite. (l. 9), une pensée de Rousseau adulte estime que le fait était grave. Trois noms abstraits condamne l’enfant : (l. 10) la méchanceté, le mensonge, l’obstination. Ces trois mots confirment la vision des adultes. La punition corporelle est donnée par l’oncle. Le courage de l’enfant, sous les coups, ne faillira pas. L’histoire dit qu’il y a eu plusieurs punitions (l. 17). Par cette phrase, on voit que l’enfant s’identifie aux romains ou aux martyrs chrétiens. Le résultat est le triomphe moral des enfants sur les adultes. Dans le combat qui oppose l’enfant aux adultes, c’est l’enfant qui a le dessus - moralement -, ce qui se traduit dans le texte par deux oppositions (l. 19-20) diabolique entêtement - constance ; (l. 21) en pièces - triomphant.

L’analyse (l. 22-42)

L’auteur, cinquante ans après cette histoire éprouve le besoin de se justifier encore une fois. De manière pathétique, Rousseau clame son innocence comme si elle était mise en doute automatiquement. Il prend la précaution de dire qu’il n’a pas peur d’être puni. Ce cri est solennel : il prend Dieu à témoin. On trouve une succession de propositions subordonnées. Il réaffirme son innocence : c’est le mot qui termine son paragraphe. Pour Rousseau, l’épisode est important car il marque la fin de l’enfance. On a dans ce passage le champ lexical du bonheur (sérénité, jouir, bonheur, charmes, paradis, enfance…), mais aussi celui de la fin (ayant cessé, s’arrête là, le souvenir…). Il y a un rapport avec la Genèse : l’auteur fait là une retranscription de l’histoire d’Adam et Ève chez lui. L’allusion au premier livre de la Bible est à la fois implicite (l. 32-33) et explicite (l. 31 : Adam et Ève ne reviendront plus au paradis ; l. 38 : comme Adam et Ève après leur faute, les enfants se cachent). Ils ont donc perdu le bonheur, l’innocence, la confiance naturelle enfant/adulte. L’auteur exprime, comme une dernière conséquence, que même la nature, le grand refuge, a perdu ses charmes, sa transparence.

Conclusion

C’est un texte qui fait référence pour comprendre les démarches de l’auteur dans cette œuvre autobiographique :

L’analyse psychologique très fine, le thème de l’injustice, la douleur de l’adulte qui n’a pas oublié, font de cet extrait un texte qui valorise totalement la démarche autobiographique.